L’Escroc

L’escroc est une armoire à glace de tendresse. Un homme de pouvoir qui joue dans la cour de la politique, qui aime être vu, être aimé, vaincre et le faire savoir.
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L’escroc a les yeux bleus lagon, la peau toujours bronzée, les dents blanches, des mains de pianiste, une voix grave et posée avec les intonations du comédien qui sait s’exprimer devant la foule en délire et ça, ça vous fait craquer.

L’escroc est père de famille, un peu comme Anthony Quinn, minimum quatre marmots en dessous ça risquerait de faire baisser le trou de la sécurité sociale. Vous l’imaginez déjà du haut de ses 1m95 en chef de tribu ça le rend plus accessible et émouvant mais rassurez-vous l’escroc est toujours divorcé donc… libre ! Il est pour vous. CQFD.

L’escroc est forcément charmant, charmeur, intelligent, drôle, cultivé, plutôt riche voire très riche (attention, je n’ai pas dit généreux !). Il a une maison en Bretagne, côte rose, île de Bréhat et un chalet avec sauna à Courchevel.

L’escroc a un lourd passé de sportif. Il était en équipe nationale de basket à vingt ans. Il en a gardé quelques séquelles : des cuisses en béton, des épaules de 10m de long et un plaquage au sol de votre corps de sirène d’une fermeté de taureau.

L’escroc porte Bleu Marine de Cardin, c’est sa marque de fabrique, il a dû naître avec ou tomber dedans quand il était petit. C’est la seule fidélité qu’il s’octroie mais ça vous ne le savez pas encore. Ralph Lauren pour les pantalons, Dior pour les chemises surtout celles en lin blanc. L’escroc aime les marques. Pour ses multiples voyages et ses affaires de toilette, il choisit Vuitton. D’ailleurs vous vous en félicitez parce que sa trousse de toilette est une de vos rares prises de guerre et une Louis Vuitton franchement ça fait chic dans votre salle de bains. Vous n’êtes pas prête de la lui rendre celle-là ! Pour le nécessaire de bureau (cartable, agenda) et autres portefeuilles c’est Hermès.Le stylo, Mont-Blanc, (oups, ça fait presque cheap !). Pour les chaussures, c’est éternellement Church’s, à lacets. Burberry’s achèvera la panoplie pour tout ce qui se porte dessus : veste, imper, manteau. Pour les dessous chics, l’escroc arbore des slips moule-bite bleu ciel Dim. Tout le monde ne connaît pas le boxer Calvin Klein ! Mais Dieu, quelles fesses !

L’escroc cumule les invitations mondaines sur son bureau. Il vous affirme qu’il ne sort jamais et qu’il déteste les dîners mondains, les conférences avec petits-fours mais il est toujours fourré (sans vous) aux cocktails de l’ambassadeur, aux déjeuners de la vice-présidente et ne raterait pour rien au monde les vœux du président et la garden-party de l’Elysée (toujours sans vous).

L’escroc n’aime pas sortir avec une femme, il préfère la sauter. L’escroc sort avec l’élite pour éviter qu’un jour, elle ne le fasse sauter.

En tragédien averti, l’escroc applique ses classiques à la lettre.Une fois, sa proie cernée, il sort le grand jeu, panache, grandiloquence, cheval blanc, poème, aubade (si ! si ! à deux heures du mat’ sous les fenêtres de votre chambre avec « Oh ! Una Paloma blanca » à tue-tête, c’était juste l’autoradio mais quand même les voisins ont fait des réclamations au Syndic et vous ont regardée de travers pendant une semaine !)

Et puis le summum, la déclaration d’amour à la Cyrano dans la rue à minuit (l’escroc est un animal nocturne car le jour il est à l’assemblée ou à la télé) façon : « quitte tout, je t’aime ». Et là, la Belle au Bois dormant qui dort en vous se réveille. Cupidon vient de vider sur vous l’intégralité de son carquois sauf qu’il visait aussi l’escroc. Mais l’escroc est une cible émouvante et mouvante. Cible manquée par Cupidon qui récidive. Et vlan vous vous prenez toutes les flèches d’un coup d’un seul dans la tronche et foncez droit dans le mur en l’occurrence dans les bras de l’escroc. Quand on vous répète qu’il y a des jours où Cupidon s’en fout !

L’escroc tisse sa toile et s’intéresse à vous, s’inquiète pour vous, votre santé, vos états d’âme, votre boulot. L’escroc est infiltré dans tous les milieux et est indéboulonnable. Il est en poste depuis si longtemps que tous s’interrogent sur sa stratégie et ses appuis malgré les alternances gouvernementales. Il vous propose d’envoyer une lettre de louange à votre super boss pour une requalification.Vous refusez, drapée dans votre dignité de femme féministe, autonome et indépendante. Bien mal vous en prend ! Non seulement vous végéterez dans votre super boulot encore cinq ans, mais vous apprenez que la blondasse qui sert de stagiaire à son ex-secrétaire est désormais chargée d’opérations spéciales. 3 000 euros en bas de la petite feuille mensuelle, précise votre indic’. Ce que ça peut être con la morale judéo-chrétienne !

L’escroc ne fait jamais rien comme personne. Il vous fait ouvrir la fenêtre du salon pour entrer chez vous (Bon, d’accord, vous habitez au rez-de-chaussée). Il déteste entrer par la porte. Il s’allonge nu les bras en croix sur le parquet comme l’Homme de Vitruve un an avant que ne paraisse le « Da Vinci Code » pendant vingt minutes en vous interdisant de faire ou de dire quoi que ce soit juste parce que l’envie lui prend. Et vous votre envie, c’est justement d’ausculter l’homme de Vitruve !

L’escroc débarque chez vous à quatre heures du matin champagne et croissants avec un sourire carnassier parque son avion vient d’atterrir et qu’il a deux heures à vous consacrer avant sa prochaine réunion. Au petit-déjeuner, l’escroc pend un café noir, jambon blanc, camembert et baguette bien fraîche, mais il vous embrasse toujours après s’être lavé les dents. L’escroc ne fait jamais rien comme personne, je vous dis.

L’escroc met un point d’honneur à arriver en retard aux rendez-vous (professionnels, familiaux, sentimentaux). C’est sa façon toute personnelle de maîtriser le temps. Celui que les autres perdent à l’attendre, l’escroc le gagne en déboulant sourire triomphant une heure plus tard. D’ailleurs, il a défié Chronos le soir où il a jeté sa Rolex dans le port de Beyrouth. Depuis, il affirme qu’il ne porte plus de montre mais il a toujours une étrange marque de bronzage au poignet gauche.

Le propre de l’escroc c’est qu’a contrario de La Poste ça n’est pas marqué sur son front. Ne vous y trompez pas, l’escroc c’est Terminator déguisé en Arsène Lupin.

Sa jeune et jolie secrétaire est en dépression. Sa collaboratrice et accessoirement ex-maîtresse a démissionné. Mais la blondasse stagiaire, elle est toujours là ! Son ex-femme le plume avec succès depuis deux ans (exit le pied-à-terre à Barcelone, exit la maison de fonction acquise grâce à Madame où la tribu vivait à Senlis, bonjour la pension alimentaire multipliée par quatre).

Bonjour, le petit trois pièces avec terrasse dans le XVe arrondissement. L’escroc dort dans le clic-clac du salon quand sa tribu squatte le week-end sa chambre et le canapé numéro deux de l’entrée ! Sauvé l’original de Niki de Saint-Phalle et les trois encres d’Odilon Redon ! Au revoir la vie rêvée de l’escroc marié niché à l’hôtel à 500 m du bureau…

L’escroc est un collectionneur. Pas seulement de spécimen féminin - signe distinctif romantico-émotivo-sexy (une fille quoi !) - mais aussi de pochettes Air France, classe Affaire, petit nécessaire Mac Gyver pour riche constitué de : une paire de chaussettes en bouclettes de Collargol blanc cassé (pour les néophytes, matière très rare qui rappelle le soyeux et la douceur de la peau de l’ours qui chante en fa en sol), une brosse à dents pliable avec micro dentifrice, un cache-yeux pour dormir blanc cassé avec petits élastiques là, mini rasoir, mini peigne. Soixante-dix nécessaires Mac Gyver dit first class dans sa salle bains sont soigneusement alignés sur une étagère, spécialement conçue à cet effet, frontale à la douche (vous ne pouvez pas les rater).

Mythomane, l’escroc s’est bâti une vie à la James Bond entre un numéro de portable, deux avions, trois hôtels, quatre pays, cinq mers et… six maîtresses (mais ça vous ne le saurez que plus tard parce que là il vient de vous dire « je t’aime, tu es la femme de ma vie »).

L’escroc est hypocondriaque et alcoolique mondain. Il étale les ordonnances médicales comme vous affichez votre collection de sacs à main Brontybay. Du jour au lendemain sur prescription, il ne boit que la San Pellegrino uniquement en dehors des repas. Deux semaines plus tard, il est à la vodka sans glaçon par vocation épicurienne. Ça a réveillé votre instinct d’infirmière et alerté vos antennes de vénusienne.

L’escroc n’est jamais là où on l’espère. Ses promesses sont des feux de paille, ses disponibilités des artifices, ses engagements du charlatanisme, ses témoignages au tribunal un roc inéfritable.

L’escroc fait l’amour comme personne. Vous découvrez même dans ses bras l’incomplétude du Kama-Sutra. Ensemble, vous essayez de nouvelles figures à géométrie variable… qui d’ailleurs ne fonctionnent qu’avec lui. Un tuyau ? La meilleure ? La position du crocodile. Vous voudriez que la terre entière prenne des cours d’éducation sexuelle en vous regardant faire l’amour. Le Nirvana n’est pas loin.

L’escroc est un artiste. Il aime peaufiner ses ruptures surtout celle où il tient le rôle du héros dans une tragédie grecque. Ne jamais perdre de vue son objectif : vous dévaliser ! Pour sa sortie, l’escroc déballe le grand jeu.

Il veut vivre avec vous (incroyable !) mais annonce parallèlement la nouvelle d’une terrible maladie (ah ?). Les résultats des examens médicaux sont sans appel (mon pauvre chéri !). Il vous fait part du plan d’action – termes techniques à l’appui - , ordonnances (encore), hôpital, perfusion, etc. (j’y crois ou j’y crois pas ?). Il vous envoie la série de texto adéquat et puis un mois plus tard… plus rien. Digne d’une telenovela ! L’escroc est allé dévaliser ailleurs (Rubi n’y peut plus rien). Par acquis de conscience, vous vous informez, l’escroc – qui est un homme public (si vous avez bien suivi) – est en pleine forme et croque toujours le cœur des dames avec la même ardeur. En politicien avisé, il attend sa nouvelle proie.

Et vous, il faut bien l’avouer, vous concurrencez les grandes eaux de Versailles sans lumière ni orchestre, vous déprimez, vous vous acharnez toujours sur les Pepitos au chocolat au lait (C’est Belin qui est ravi), vous n’arrivez même plus à travailler ni à écouter les conseils avisés de vos ami(e)s.

On n’est pas des bêtes tout de même et depuis vous vous êtes inscrite à des stages de yoga et de zen attitude, mais si l’escroc vous proposait un câlin, juste un, allez un baiser langoureux et une petite position crocodile…

"Résiste ! Prouve que tu existes ! " Celui-là n’était pas le bon même si l’illusion était parfaite. Next ! Next !


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