Le Cérébral

Le cérébral sait tout faire ! Il sait monter à cheval. Il est jockey professionnel. Pas le fromage blanc battu, quoique c’est un peu à ça qu’il ressemblait quand Jolly Jumper l‘a mis au tapis.
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Il sait aussi monter à vélo. Le cérébral est un homo kuklos (en anglais dans le texte, biker addict). A califourchon sur la petite reine, « c’est vrai qu’il y mettait du cœur […] pour épater la fille du facteur ». Moralité Paulette court toujours et à force de dépasser à Paris à vélo les autos, et à vélo à Paris de dépasser les taxis (ouais, vas-y Joe, !)… le cérébral connaît un ratatinement boursier qui n’a rien à voir ni avec le jeudi noir de 1921 ni avec le choc pétrolier des années 70. C’est son côté tape-couilles…

Le cérébral est maçon. Pas peintre en bâtiment. Là c’est plutôt un truc d’ombre et de lumière, de force et de beauté, genre rendez-vous nocturne un jeudi sur deux, en tenue, histoire de plancher un peu à couvert quand il est l’heure et de s’arrêter de bosser à minuit (comme Cendrillon). Rien que de très associatif et de non lucratif (mais avec capitation annuelle, tout de même, et possibilité de payer en plusieurs fois). Des rendez-vous entre mecs (avec ou sans bandeau), entre Jakin et Boaz, Sagesse, Force et Beauté, métaux (ah bah, non ceux là, on les laisse à la porte), pierre, et équerre. Bref, des ustensiles tout à fait recommandables surtout en géométrie architecturale.

Le cérébral dépense (sa sueur, sans compter). Le cérébral compense (ses névroses, sans compter). Le cérébral pense (qu’il aurait souvent mieux fait de compter). Alors, le cérébral s’allonge sur un divan. Pas pour dormir. Juste pour mettre à nu sa libido, son inconscient et son portefeuille. 70 € trois fois semaine, soit 840 € par mois. C’est sûr que depuis douze ans, ça vous explose un budget. . . mais le transfert fonctionne et, depuis, le cérébral ne vouvoie plus sa mère ! Il lui a même dit « Tu me fais chier », l’année dernière, à Noël. Ça compense, ça fait des économies de cadeaux !

Du coup, le cérébral s’occupe des autres. En clair, tous les vendredis midi, il distribue la soupe populaire à la paroisse de son quartier (le IXe arrondissement, pas là où il crèche mais là où il bosse). Après testeur de Resto du Cœur, le cérébral fait dans le « sancti spiritu in corpus sani » (pas de traduction ! Même Jean-Pierre Foucault sans ses fiches, il sait ce que ça veut dire.

Le cérébral consacre son samedi après-midi à son activité favorite : le yoga des yeux. Le yoga des yeux, c’est l’art de la mémoire de la rétine. Spectaculaire ! Fixer. Fermer. Zoomer. Détailler. Se rappeler. Et ça fonctionne partout et pour tout.

Le cérébral est lion ascendant pédalage surdoué, lune en hyperactvité avec ulcère permanent à l’estomac acquis dès sa naissance (maison en chariot VII). Il rêve de destinations lointaines (où de toutes façons il n’ira jamais). Le rêve est l’agence de voyages favorite du cérébral. Divorcé à trente-cinq ans, père de deux ado surdoués (c’est génétique), qu’il a eu respectivement à vingt et vingt-trois ans, fourrés tous les week-ends dans son loft du XVIIe (rue de Levy). Le cérébral n’a besoin de rien et surtout pas de vous et de votre petite cervelle de moineau blond, dit-il... Mais voilà, six vies plus tard, vous déboulez !

Il vous offre une boîte de chocolats. Vous détestez (rappel, vous n’aimez que les Pépitos au chocolat au lait) mais le geste est désuet. Vous êtes touchée et passez habilement ledit chocolat du ballotin à votre sac à main Furla via votre bouche (ça en met partout). Deux rendez-vous plus tard, vous craquez ! Parce que…

Le cérébral s’habille comme Guillaume Canet, : il choisit Célio parce que c’est pratique, c’est pas cher et qu’il y a une petite étoile en haut du O, soit un délicieux bonnet de laine à rayures polycolore (30 €), assorti à une écharpe de laine à rayures idem polycolore (45 €, lavage à froid sinon ça peluche), une parka avec col de velours incorporé, par-dessous un pull gris ou beige en laine col V, par-dessous une chemise blanche. Aux pieds, des Nike, bien sûr !).

Le cérébral sourit comme Guillaume Canet (la fossette sur la joue gauche, aargh, comme vous). Le cérébral a les mêmes petits yeux de fennec que Guillaume Canet, le même petit nez pointu que Guillaume Canet, la même barbe de quatre jours que Guillaume Canet. Bref, c’est Guillaume Canet ! Ouais enfin, en pas comédien, pas réalisateur de films primé aux Césars, pas metteur en scène et avec presque dix ans de plus que Guillaume Canet…

Plus le cérébral vous parle, moins vous comprenez. Ça doit être une histoire de vocabulaire, d’idiome, de langue, de décalage horaire, neurologique, universitaire, psychanalytique, anthropologique (on dit ça comme ça, non ?) Histoire de ne pas passer pour la blondasse plouc de service (inutile d’inclure les gros seins, vous n’en avez pas), vous réviserz vos bases : Levi-Strauss (ça sert toujours), votre manuel de philo de terminale (vous avez bien fait de pas le vendre chez Gibert Jeune), une petite relecture de Platon et Camus s’impose (ben, c’est pas encourageant parce que vous pigez une page sur deux et qu’en plus y’a pas d’images). Pour le moral, évitez de relire le manifeste du surréalisme.

Quelques rendez-vous plus tard, toujours fixés dans une église (doit y avoir un symbole ou un signe là-dessous), le cérébral vous refile « La montagne de l’âme », histoire de faire plus ample connaissance avec les centres intérêts personnels et intimes de chacun. Vous n’êtes pas sortie de l’auberge. Et la montagne, elle est pas prête d’arriver à Mahomet ! Pour cause, six cent soixante-dix pages à ingurgiter, en times 10, ça frise la crise de foi(e). Pour l’épater, vous lui offrez Tristan et Iseult, en ancien français (pas de bol, en trois jours, il a lu, maîtrisé et assimilé). En désespoir de cause, et pour finir la semaine, vous lui proposez « Jane Eyre » : c’est gros, écrit petit et ça fait fuir les garçons. Pas lui ! Et vous gravissez toujours la montagne (page 32).

Un mois plus tard, Vous progressez (page 188) ! Maintenant quand le cérébral parle, vous comprenez (enfin presque tout). Parce que lorsqu’il s’agit de débattre sur l’épineux problème de la sacralité cyclique de l’art des indiens de Tasmanie. Vous séchez (la Tasmanie, c’est à côté de l’Australie, de la Birmanie ou de la Nouvelle Zélande ?) Rame, rame, rameur ramé. De toutes façons, vous n’avez vraiment rien à foutre dans ce canoë (Alain S. au secours !) A croire que le cérébral est comme votre premier pétard. Il se laisse allumer, vous fait disjoncter les neurones, vous fait entendre les cloches (les cloches sonnent, sonnent, sonnent), passe de lèvres en lèvres, passe de main en main mais ne finit jamais dans les vôtres !

Le cérébral vous raconte sa vie, sa thèse (qu’il n’arrive jamais à finir), ses enfants, le cours du CAC 40 (CAC comme caqueter ?), au moins une heure par jour au téléphone tous les jours (c’est quoi son forfait ?). Le cérébral aime vous écouter, vous conseiller, vous dire qu’il doit prendre des vacances avec vous (encore ?), vous prendre dans ses bras, vous caresser la joue (gauche), vous regarder tendrement. Un point, c’est tout !

Le cérébral n’embrasse pas, ne couche pas. Le cérébral est zen. Il parle aux poissons rouges. Il est le seul homme au monde qui n’a pas d’érection matinale. Il est le seul homme au monde qui ne s’est pas masturbé depuis deux ans, sans que cela ne lui cause des lésions psycho-physico-sexuelles irréversibles. Le cérébral maîtrise la masturbation du cerveau (mille fois mieux que le taoïsme !!). Rappelez-vous : Fixer. Fermer. Zoomer. Détailler. Se rappeler. Le yoga des yeux n’inclut pas éjaculer. Poireauter, oui. L’herméneutique de l’attente (façon « l’attente du plaisir et le plaisir de l’attente », thèse d’anthropologie comportementaliste sur l’être humain mâle de plus de trente-cinq ans en territoire urbain, au XXIe siècle) très peu pour vous. Vous ce serait plutôt : « le toucher, le croquer, le lécher, le sucer et le caresser ou les cinq moyens de communication essentielles à l’égard de l’être humain mâle de plus de trente-cinq ans en territoire urbain, au XXIe siècle ». C’est frustrant un homme, surtout quand il réfléchit !

Vous lisez toujours « La Montagne de l’âme » (page 307). Vous êtes en pleine escalade de Gao X. Vous êtes blonde, vous faites du 85B, vous êtes innocente et vous pensez qu’à la fin du livre, le cérébral vous dira « je t‘aime », vous fera l’amour et vous demandera en mariage (ou l’inverse). La montagne de l’âme, c’est peut-être sa carte du tendre à lui ?

Aujourd’hui, c’est votre anniversaire et ce jour-là, vous avez le droit de faire ce que vous voulez (tradition familiale). C’est votre mère qui vous l’a dit (euh, même violer un garçon ?) Au Ritz Club, trois coupes de champagne plus tard, vous le prenez par surprise, lèvres gourmandes (les vôtres) contre lèvres fines (les siennes), frissons contre frissons (jolie nuque, Guillaume, important la nuque), commissures extatiques, baromètre de sensualité exponentiel, mordillements, rouleau de printemps, soupirs de contentements, main baladeuse (histoire de vérifier que le cérébral toute seconde main qu’il est n’a pas de penchant homosexuel, que le vélo n’a pas déréglé la machine : les effets secondaires sont bien là, tout va !). 8/10.

Parce que c’est vous qui avez commencé et qu’au moment de payer il vous regarde sortir votre pauvre carte bleue en disant « C’est dommage que tu ne m’aies pas dit que c’était ton anniversaire. Si j’avais su, je t’aurai offert quelque chose ! »). Le cérébral est distrait. Et un baiser ne vous aura jamais coûté aussi cher (130 euros plus 50 euros de tapas) ! Profitez, c’est le premier et le dernier. La bernique est bernée ! Le cérébral est en vélo. Il ne vous raccompagnera pas. Le vélo, c’est un scooter avec pas de deuxième casque. Un alibi en béton, spécial garçon pour laisser une fille en plan à la sortie du restaurant. Râteau !

Page 670 ! Ça y est ! La montagne est montée ! Gao Xinjian est vaincu ! De la préface à l’imprimeur, vous savez tout ! Vous plantez votre drapeau avec fierté et entamez la descente, genre « elle descend de la montagne à cheval ohé ! » (sidiyayaya youpi youpi ya ohé !). Vous informez le cérébral en lui clamant haut et fort votre victoire et attendez sagement la bague et la demande en mariage (après tout, il y en a qui ne consomme qu’après). Double râteau !

Le cérébral a rencontré une fille, (il y a deux mois, soit page 467) une fille dans le RER ! (Ben quoi, y’a pas que le vélo dans la vie ?) C’est comment une fille de transports en commun ? Ça s’appelle comment une fille de banlieue qui fait chavirer le cœur de votre intello du vélo ? Le cérébral lâche dans un soupir :

  • Tu comprends, elle au moins, elle est pas compliquée. Elle est simple. Elle est naturelle. C’est une terrienne. (Belle des champs, dis donne nous un peu de ton fromage…)

Elle, c’est bac plus deux, représentante en cosmétologie, dixit le cérébral (blonde traduction : elle vend des produits de beauté chez Marionnaud). Une brune, même prénom et même date de naissance que vous (pas même année, elle est plus jeune, il paraît que c’est une histoire de gémellité astrale). Au moins, pour les prénoms, il n’y aura pas de confusion. Et sur le divan, le cérébral en prend pour dix ans supplémentaires, à traiter de la névrose du double. Le pied ! Elle, c’est pas une sportive. Le cérébral ne lui fait pas escalader la montagne ! Mais, elle est montée dessus (sans Gao X) et elle, elle a vu Montmartre. Pas vous !

La prochaine fois, vous resterez peinarde chez vous avec votre pauvre bac +5. Vous n’avez pas eu le Prix Nobel, mais au moins vous savez pourquoi. Ce soir, c’est pas Noël, mais vous mangerez quand même de la dinde. Un petit homonyme avec des jolis marrons. De la dinde ! C’est bien ça comme menu… pour un dîner de cons !


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