L’Ours

L’ours est un animal en voie d’expansion. A la quarantaine, il revendique mollement son état civil de célibataire (une première main à cet âge, ça effraie les filles).
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L’ours vit reclus dans un deux-pièces du VIIe arrondissement qu’il a fait retaper de fond en comble (l’ours n’est pas bricoleur). Avec ses grosses patounes, d’un clou à planter, il vous creuse un passe-plat en deux temps trois mouvements.

L’ours a un goût très limité pour la décoration (genre Cuom) mais il a le bon goût de vous téléphoner dès qu’il est perdu au fin fond du rayon douche du BHV, le samedi à 9h30 (il n’y a pas d’heure pour les bricoleurs !). Il vous interroge sur l’existentialisme du rideau de douche (transparent, semi transparent, en PVC, en polypropylène recyclable, vinyle ou polyester ? "Pour les motifs, c’est mieux les oiseaux, les dauphins, les coquillages, les grenouilles, les poissons fluos ? et la tringle en plastique extensible ? et les anneaux en plastique doré ou blanc tout simplement ?"... Samedi, vous aviez dit grasse matinée ?

L’ours aime les biscuits (pour les incultes, la porcelaine de Sèvres) surtout ceux que sa mère lui a légués sous forme de chiots et qui trônent désormais sur la table du salon qui brillent comme un sou neuf. Il y a un joli napperon et une huître cendrier (merci Renaud). Il y a des fruits en plastique vachement bien imités dans une coupe en cristal vachement bien ébréchée (ça c’est pour le plaisir !).

Face aux nus de Manara (la fierté de l’ours), trône un Buffet acheté aux enchères (pas le meuble la toile, oui, oui le vrai qui réjouit son assureur et vous donne le cafard). Un clown vert kaki... bof !

L’ours est high-tech. Bien qu’il ne sache pas faire cuire un œuf, il possède une cuisine américaine dernier cri. Un petit bijou de technologie et de fonctionnalité. La preuve, il l’a achetée au rabais (l’ours est économe), en vitrine toute équipée chez son cuisiniste de quartier (top, non ?). L’ours aime faire des affaires et que ça se sache. Il n’hésite pas à radoter, répéter, envoyer des mails pour faire savoir à son entourage qu’il vient d’acheter un truc pas cher et que maintenant il n’y en a plus. Si vous vouliez trouver le même au même prix, c’est trop tard ! L’ours est un brin jouisseur pervers. Mais ça n’est jamais sexuel. L’ours aime le chrome et les glaçons. C’est pourquoi, il a acheté un frigo américain (qui fait un bruit d’enfer à chaque chute de glaçons). Problème encore non résolu essentiellement la nuit.

Le frigidaire de l’ours est rempli de pack de bières (le miel, c’est caduc). L’ours est un buveur de bières devant l’éternel. Son ventre s’arrondit comme Winnie (un copain). Ses poignées d’amour ressemblent alors à des pneus Michelin. Et sa balance affiche 95 kg. Du haut de ses 175cm, l’ours devient un animal à géométrie variable. Pas d’inquiétude car l’ours est un « diet man » chronique. En trois mois, il retrouve sa silhouette de jeune ourson fou. Un conseil : mieux vaut rencontrer l’ours en période finale de régime (l’ours est fier et heureux et est exceptionnellement sociable), en période initiale de bière (l’ours est joyeux et se croit beau mais le ventre ne tarde pas à pointer),. La période initiale de régime est à bannir (l’ours est grognon comme la plupart du temps).

L’ours parce qu’il a une cuisine high-tech croit maîtriser l’ensemble des nouvelles technologies. Grossière erreur. Lorsque lui arrive un message email de sa future proie (stagiaire en général, les autres ont déjà été briefées), l’ours est émoustillé et en oublie que le message est collectif. L’ours adresse une réponse, on ne peut plus explicite à la demoiselle, et appuie sur la touche « envoi » (à tous) : cinquante personnes en rient encore ! L’ours est paresseux. Il ne devrait pas chasser sur le territoire professionnel, mais ailleurs c’est déjà trop loin.

L’ours est un séducteur raté malgré ses yeux verts, ses joues rondes (à pincer le bonheur de sa mère, je vous dis), son si joli sourire et ses cheveux clairsemés. Il y a la version dodue saisonnière option Sébastien Cauet et la version svelte intérimaire option Sébastien Cauet (quand il sort de six mois de salle de sport). L’ours, c’est tout mignon, tout rond, tout con, comme Winnie son vieux compagnon !

L’ours aime la solitude. C’est connu, il hiberne, c’est marqué dans l’encyclopédie de nos amis les bêtes. L’ours fait des stocks de bouffe (riz, pâtes, petit lu, bière, café), de phéromones (New Look, Play Boy empilés dans les WC et camouflés sous quelques Nouvel Obs égarés), de nourriture spirituelle (« Les Tontons Flingueurs », « Les 400 coups », « Pierrot le fou »). Ne pas confondre les DVD et les cassettes. Les DVD contiennent d’authentiques enregistrements, les cassettes vidéos n’ont en commun avec la nouvelle vague que celle qui va-et-vient entre les reins des trois filles que Rocco vient de satisfaire ! Vous voulez des titres ?.... L’ours fait ce qu’il peut (à force de se ramasser des râteaux avec les stagiaires du boulot !).

L’ours est économe de son argent, de ses invitations, de ses paroles, de ses appels. Il a un sens très personnel de l’hospitalité. Il ne vous invite à un concert que s’il a des places gratuites. Il vous en fait profiter dès qu’il est dans la file d’attente.

L’ours est farceur. Il apprécie tout particulièrement les blagues à deux balles. Les blagues d’ado boutonneux, celles qui font rire les garçons dans les vestiaires et pousser des cris de souris aux filles sous la douche. Celles où se jettent les préservatifs gonflés d’eau sur les monos en courant se planquer derrière le buisson. Celles où l’on fait au petit nouveau un lit portefeuille, mieux un lit cathédrale à la niaise de la colo. L’ours n’a jamais été à court d’idée pour la bonne blague grasse, option action-réaction. Genre paquet de café rempli de bouse de vache au petit-déj. Son humour potache, il ne s’en lasse pas de vous en faire profiter.

Aussi quand vous passez en bas de chez lui, harassée par une journée de shopping, les doigts sciés par la multitude de sacs, des ampoules pleins les pieds (d’accord, les talons de 10 cm n’étaient pas obligatoires mais c’était tellement joli pour le galbe de vos mollets), vous rêvez d’une tasse de thé fumante (Lapsang Souchong), de délasser vos petits petons. Vous levez la tête, l’ours est là, sur son balcon, un mug à la main, son mobile phone de l’autre. Il vous appelle juste pour vous dire que ça ne sert rien que vous montiez parce que, de toute façon il va partir bosser mais qu’il vous voit de son balcon. Rire gras (pas communicatif du tout). Bip… Bip… Bip…

L’ours est un nostalgique. Inconditionnel des années 70. S’il avait eu plus de cheveux, il se serait fait des brushings. En souvenir du bon vieux temps, il collectionne des figurines Casimir, Caliméro, Barbapapa, Pimprenelle et Nicolas qu’il conserve amoureusement dans une grande cantine en fer. En période de grande détresse, il les ressort et joue avec (quand il se lasse des pornos). Elles lui permettent d’oublier ses rides, sa solitude, ses échecs sexuels (on ne parle même pas des sentimentaux) et de l’ordinaire de son quotidien professionnel.

L’ours est un artiste raté, un rêveur raté. Par excès de fainéantise. L’ours est voix c’est le travail le moins fatigant qu’il est trouvé. Il enregistre les messages pour les répondeurs (prêtez attention si ce n’est pas une voix féminine qui vous fait patienter en attendant Mozart, il y a de fortes chances que ce soit un ours), l’horloge parlante, les directions pour les malentendants. Son existence orale lui donne un potentiel de séduction (voix de baryton léger qui fait fantasmer les filles) que la réalité s’empresse de lui ôter sans vergogne (le Petit Prince a beau dire que la beauté vient de l’intérieur, c’est pas lui qui croque l’extérieur !). C’est sans compter les soucis vestimentaires de l’ours.

Bien sûr, sa tendance au daltonisme peut excuser son affection pour le mariage malheureux du polo Lacoste vert gazon (comme quand il était petit avec les marques de bronzage incluses) et du bleu ciel (pull en V négligemment jeté sur les épaules. Ça c’était valable pour le jules de votre mère. La mode est un éternel retour mais il y a des trucs qui ne devrait jamais revenir !) avec des chaussettes de tennis (les blanches à rayures bleu blanc rouge bien tirées sur le mollet) et baskets, le jean de préférence bouffant car une taille trop grand (donc effet cul d’éléphant assuré) resserré à la taille par une ceinture en skaï sous le ventre (période bière).

A la maison, l’ours porte fièrement des claquettes en plastiques (comme les boxeurs). L’ours n’a qu’un bon point. Il porte des caleçons en flanelle de coton gris. C’est doux et moelleux. Une fois qu’il l’ôte, c’est cuit. A bas la douceur.

L’ours est un concentré de Napoléon qui a dû manquer tous les cours de Sciences Nat., d’éducation sexuelle et de Biologie. L’ours n’embrasse pas. Essayez d’embrasser un ours ou il vous grogne dessus avec un air mal embouché ou il vous sentir son groin humide (là c’est vous qui tournez la tête parce qu’un groin d’ours, ça cocotte).

Si vous êtes vraiment une fille kamikaze (ou si vous avez fait un pari), sachez que l’ours en est resté au stade du baiser préado, sans la langue, bouche fermée, lèvre contre lèvre. L’ours n’embrasse jamais sur la bouche. C’est dans ses gènes. Il tourne la tête. C’est comme ça . 0/ 10. Pour le reste c’est vingt minutes montre en main inclus le percolateur à café. Certains leur truc c’est la douche, l’ours, lui c’est un petit espresso bien serré.

L’ours est un animal en voie d’expansion. Vous refilerez bien le spécimen à votre meilleure ennemie ?


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